C’est le 10 du mois: « Le 8 mars c’est toute l’année… »

Aujourd’hui, c’est le 10 du mois et je participe au rendez-vous de Claire du blog Egalimère.
A partir d’un thème commun, les participants donnent leur vision personnelle du thème.

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Ce mois-ci c’est « Le 8 mars c’est toute l’année… », à propos de la journée internationale de la femme.

Depuis la rentrée, je suis enseignante en histoire-géographie dans un collège. Une grande aventure pour quelqu’un qui a la base n’a jamais eu envie de passer le concours car j’avais déjà un métier…. Mais au final, être passeur d’éducation, de culture, commence à me passionner…. Et cette semaine, par un certain hasard heureux, la journée internationale de la femme tombait en plein milieu de ma séquence de cours d’EMC sur les discriminations.

J’ai donc été accueillie par un « Madame, Madame (deux fois traduit un état d’excitation du collégien, il a vraiment très envie de te faire part de ses pensées…), aujourd’hui, c’est la journée de la femme, hein ! ».

Justement, c’était le jour de conclusion de mon cours, celui où je leur dis quils sont les citoyens de demain et que c’est à eux d’être vigilant et de faire attention à ce que l’on ne régresse pas dans nos droits à l’égalité.

Alors, je leur ai accordé un temps, avant d’écrire le cours, où ils pouvaient me poser toutes les questions qu’ils voulaient à propos de cette journée très particulière. Et c’était vraiment, mais vraiment pas du luxe. Et il faut faire attention à ce qu’on leur répond, très attention.

Durant ces 2 semaines d’EMC et cette journée, je me suis sentie sur le fil du rasoir. Je suis féministe et chez moi, on se partage les tâches, on n’éduque pas nos enfants de manière genrée, on répond à leurs questions, même les plus farfelues, on s’efforce de les ouvrir un maximum au monde et à la culture. Alors, je ne voulais pas commettre d’impair parce que ça n’est pas partout comme chez moi et surtout que les gamins rapportent et déforment les faits chez eux, et on ne sait jamais… !

On a donc réfléchit ensemble. Voici un panel des questions ou affirmations que ces enfants ont pu me poser :

-Depuis combien de temps, il y a des discriminations contre les femmes ;

-Est-ce qu’on fait une fête où on danse pour cette journée ? ;

-Depuis quand, elles ont plus de droits les femmes (depuis la 2e moitié XXe siècle, la France est un des derniers pays européens à avoir accordé par ex. le droit de vote aux femmes);

-Mais Madame, puisque les femmes ne travaillent pas quand elles sont enceintes, c’est normal qu’elles soient payées moins (des baffes…)

-Mais enfin madame, si une femme est chiante, c’est normal que son mari la tape (et toi alors, quand tu es pénible en cours, ça devrait être normal que je puisse te taper ?…)

-Mais en France quand même, ça va… (ça, c’est ce que tu crois, mais ça pourrai être pire en effet…)

-Madame, le prof Untel a dit qu’en France, il n’y avait pas du tout d’égalité de salaire, pourquoi ?

-Mais pourquoi il y a pas d’égalité entre les hommes et les femmes ?  (THE question)

-Est-ce qu’il y a une journée de l’homme ?

Est-ce qu’il y a une journée de l’homme ?!!!!!!

Ben voyons….

Je leur ai expliqué que les discriminations envers les femmes remontaient à très longtemps, dès que l’homme a commencé à se regrouper en villages et à établir une hiérarchie. Chez nous en France, ça s’est gâté sérieusement avec les romains pour qui la femme était peu de choses, surtout au niveau légal, toujours sous la coupe d’un homme : père, frère, mari. Je me suis auto censurée pour le passage à la société judéo-chrétienne, je ne voulais pas aller trop loin. Je leur ai expliqué que l’homme (dans sa généralité) avait le besoin viscéral de se sentir puissant et de dominer, et qu’il avait peur de la femme, peur de son pouvoir d’enfanter. Et qu’à travers l’histoire, c’est une des raisons pour laquelle ils l’ont toujours maintenue en position d’infériorité (pléthore d’exemples).

Je lisais un article cette semaine, sur l’excision. La raison principale invoquée pour justifier cette pratique barbare, c’est qu’une femme excisée est de bonne moralité, parce que comme elle n’éprouve plus de plaisir et de la douleur lors des rapports, et bien, elle restera fidèle à son mari. Et oui………

Bref, tout ça pour dire qu’une journée dans l’année où on met en lumière les discriminations faites aux femmes, une journée dans l’année où on fait état du chemin qu’il y a encore à traverser mais aussi des progrès, c’est pas du luxe. Elle rappelle qu’il faut être vigilant, extrêmement vigilant parce que en France, dans le monde, les coups de boutoirs à l’égalité homme/femme sont incessants. La montée des extrémismes de tous bords est d’ailleurs le coup de boutoir le plus puissant, corollaire d’une baisse de culture générale de la société. Si l’on n’est plus entraîné à réfléchir, à s’interroger sur la société, à débattre, alors les idées nauséabondes se fraient leur chemin.

L’ignorance provoque les discriminations…

Et pour conclure, je laisse le mot de la fin à une de mes élèves qui au final se dit qu’au fond,

« ces gens là, ils sont bêtes madame, c’est tout ! » …

Si criant de vérité….

Enfin, à titre personnel, ça me hérisse de voir certains hommes nous souhaitant une bonne fête de la femme ou une bonne journée de la femme.

Hé ! C’est pas la fête des mères !

Je rajouterai aussi que  ces enfants véhiculent les préjugés de leurs entourage en général, ils n’ont que 12 à 13 ans. A cet âge ce qu’ils entendent de la bouche des adultes de leur entourage c’est une vérité. C’est pour ça que l’EMC est si importante.

La lutte contre les préjugés et les discriminations est une affaire d’éducation et elle commence à l’école mais aussi dans les familles.

Dans les familles, oui, dans la façon également dont on éduque les petites filles. Tu sais cher lecteur, que malgré des super études, j’en suis à 40 ans, à aller voir un coach pour casser les codes éducatifs qui me verrouillent et trouver de la confiance en moi. Oui, de manière subtile, on conduit au manque de confiance des femmes, on leur fait comprendre qu’elles sont pas si capables, que ça sera plus dur pour elles de percer, qu’il faut qu’elles se consacrent à leur famille, que la carrière ça ne fait pas tout, etc, etc, etc….

Voilà pourquoi, je pense qu’une journée à réfléchir sur les droits des femmes n’est pas du superflu, il faut la prendre comme un FOCUS, une photographie à un moment donné sur la société et l’état des femmes dans le monde, une sensibilisation utile. ça n’est pas quelque chose de commercial, pour ça, il y a les fêtes des mères et des grands-mères. La situation des femmes dans le monde et même en France n’est pas à la hauteur des 50 % que nous représentons, elle est difficile, il faut combattre sans arrêt pour nos droits.

Merci Claire Egalimère pour ce 10 du mois qui nous permet de nous exprimer sur un sujet de société si important.

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4 réflexions sur “C’est le 10 du mois: « Le 8 mars c’est toute l’année… »

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