Une expérience anarchiste : le milieu libre de Vaux

il y a peu, j’ai appris que dans un village de la région, Vaux, il y a eu au début du XXe siècle, un essai de vie en communauté anarchiste. Il n’en reste plus aucune trace! Cette expérience n’a pas marché longtemps, mais elle vaut la peine d’être connue!

Elle était appelée la colonie du Milieu libre.

Le but de cette expérience était de prouver que « c’est dans le communisme libre qu’il est nécessaire de rechercher le bonheur individuel » et que « chacun produira selon ses forces. Chacun consommera selon ses besoins ». Pour les anarchistes, la propriété individuelle et l’autorité sont à l’origine de tous les maux de notre société.

L’instigateur principal de ce projet est Georges Butaud, avec sa compagne Sophie Zaïkowska.

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Photo Wikipédia

Dans un premier temps des sociétaires sont réunis autour du projet, principalement comme soutiens financiers au projet, grâce à leurs souscriptions. Des proclamations sont publiées dans les journaux anarchistes. C’est ainsi que le père Boutin, établit à Vaux, met à la disposition de la future communauté, sa maison et ses terres. Au début de l’année 1903, les premiers colons arrivent, suivis rapidement par d’autres.

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Photo wikipédia

Pour arriver à leur idéal d’égalité, de liberté, ils se tournent vers la terre pour subvenir à leurs besoins, aidés par les souscriptions des sociétaires, persuadés que leurs cultures produiront plus que le nécessaire car chacun se nourrirait en fonction de ses besoins, sans avoir à entretenir des parasites sociaux, le travail devenant un plaisir car non plus imposé mais volontaire. Enfin, chaque homme et femme ne s’appartenant plus qu’à lui-même et se dirigeant lui-même selon sa propre volonté, toute forme de compétition sexuelle disparaîtrait, éliminant ainsi un autre des maux de la société. Un projet d’école libertaire était également élaboré.

Cet état d’esprit est révolutionnaire quand on se replace dans le contexte social de l’époque, où la société était très hiérarchisée et cloisonnée. La révolution industrielle battait son plein, avec un exode des populations rurales vers les villes industrielles, pour grossir les rangs des ouvriers, soumis aux patrons de l’industrie. Les femmes étaient encore la propriété d’un homme, père, mari ou frère et mariées, dans la plupart des cas, en fonction des intérêts patrimoniaux et/ou commerciaux des familles. Enfin, l’école n’était pas encore obligatoire !

Malheureusement, cet idéal rencontra bien des difficultés : querelles de personnes, récoltes non suffisantes obligeant à diversifier les activités, baisse des souscriptions, et l’expérience tourna court en 1907. Le milieu anarchiste imputa l’échec au manque d’affinités, aux tempéraments opposés des colons, mais également à l’intolérance et l’autoritarisme. C’est ainsi que l’anarchisme reste une utopie, car l’humain reste ce qu’il est avec ses défauts et ne tend naturellement pas vers l’idéal d’égalité, de tolérance et de pacification absolues.

Les initiateurs de cette aventure, G. Butaud et S. Zaïkowska, expulsés en 1904 pour cause d’autoritarisme, puis rappelés, s’établissent à Bascon, village voisin en 1911, afin de créer la colonie végétalienne de Bascon*.

Aucunes traces de ces deux colonies ne sont aujourd’hui visibles.

Bibliographie : T. Legendre, « Des anarchistes à Essômes-sur-Marne. Le milieu libre de Vaux (1903-1907) et la colonie végétalienne de Bascon (1911-1948) », Graines d’Histoire, n°21, Avril 2004, p. 2-12.

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